Cette réflexion n’est pas une question de regret, mais de responsabilité. Comprendre que l’entraînement ne se résume pas qu’aux exercices et aux plans de match, mais aussi à l’impact qu’on a sur les jeunes quand on passe derrière le banc. Trop souvent, on suppose que l’expérience en tant que joueur se traduit par un leadership en tant qu’entraîneur. Ce n’est pas le cas. Le coaching est un métier en soi, qui exige préparation, patience et but.
La première fois que je me suis tenu derrière le banc, je pensais être prêt. J’avais joué au jeu toute ma vie, je l’avais vécu, je l’avais respiré. J’ai suivi le cours obligatoire de Hockey Canada, coché la case, et j’ai pensé que c’était suffisant.
Ce n’était pas le cas.
Mes pratiques n’étaient pas structurées. Mes perceuses ne se connectaient à rien. Il n’y avait ni objectifs, ni plan de développement pour l’équipe ou les joueurs. On patinait fort, mais on ne construisait rien. Je tenais profondément, mais je confondais effort et préparation. Et au final, j’ai échoué comme entraîneur. Non pas parce que je ne voulais pas que les enfants réussissent, mais parce que je ne me suis pas préparée à les diriger. J’ai sous-estimé ce qu’est vraiment l’entraînement. Ce n’est pas juste se présenter avec un sifflet, c’est se présenter avec un but.
Avec du recul, je vois à quel point ça aurait pu être différent. Si jamais je refais de l’entraînement, je ne commencerais pas par des systèmes ou des exercices. Je commencerais par un plan. Je me demandais : Qu’est-ce que je veux que ces jeunes apprennent cette saison? Pas seulement sur la glace, mais en dehors. Quelles valeurs dois-je construire? Quel genre d’environnement veux-je qu’ils ressentent chaque fois qu’ils entrent dans la patinoire?
Je concevrais chaque pratique avec intention, des progressions claires, des objectifs mesurables et un équilibre entre compétence, compétition et plaisir. Je m’assurerais que chaque joueur sache où il en est, vers quoi il travaille, et que son effort compte plus que sa place dans la hiérarchie.
Je parlais aux parents tôt et souvent, non pas pour justifier des décisions, mais pour instaurer la confiance. Je leur rappellerais, ainsi qu’à moi-même, que nous sommes tous du même côté : nous voulons que leurs enfants grandissent, adorent le jeu et quittent la patinoire un peu meilleurs à chaque fois.
Et surtout, je coachais avec empathie. Je me souviendrais de ce que ça fait d’avoir dix ans et de rater le filet ouvert, ou de prendre une mauvaise pénalité et de voir la déception sur le visage d’un entraîneur. Je me rappellerais que chaque mot que je dis, chaque ton, chaque regard, a plus de poids que je ne le réalise.
Parce que l’entraînement, surtout au niveau d’une seule lettre, ne consiste pas à former des joueurs d’élite. Il s’agit de former des enfants confiants. Des enfants qui apprennent la résilience, le travail d’équipe et la joie à travers le jeu.
La bonne personne pour entraîner le hockey à une lettre n’est pas celle qui connaît le mieux les forechecks ou les breakouts. C’est celui qui comprend comment enseigner, comment communiquer et comment prendre soin. C’est la personne qui réalise que le travail n’est pas une question de prestige, mais de gestion responsable.
Je n’avais pas compris ça la première fois. Mais maintenant, oui. Et peut-être que c’est suffisant, apprendre de l’échec, comprendre ce que je ferais différemment, et espérer que d’autres qui passent derrière le banc prennent cela assez au sérieux pour se préparer. Parce que ce qui se passe dans ces patinoires compte.
Les meilleurs entraîneurs ne font pas que former des joueurs. Ils construisent des gens.
Maintenant, mes soirées et fins de semaine se passent encore dans différentes arénas. Mon fils aîné a depuis longtemps dépassé mes capacités d’entraîneur, il est maintenant entouré de professionnels. Et pour d’autres raisons, surtout personnelles, j’ai choisi de ne pas entraîner mon fils cadet. Il est à l’âge où son succès ne m’inclut plus, et c’est exactement comme ça que ça devrait être.
Quand même, le coaching me rend heureux.
Être dans l’aréna tous les jours, non seulement parce que je dois, mais parce que j’en ai envie, me rappelle à quel point j’aime ça. Je n’arrive pas à arrêter de coacher dans ma tête. J’observe les changements et je réfléchis à ce que je dirais, ce que je changerais, ce que je louerais.
De temps en temps, je m’approche d’un parent que je connais et je lui demande si c’est correct de lui donner un ou deux conseils. Toujours avec respect, toujours en premier. Quand je le fais, ce n’est jamais une question de critique. Je commence par féliciter ce qu’ils ont bien fait, ce qui s’est amélioré, puis je leur montre une petite chose qui pourrait les rendre encore meilleurs. Toujours avec un sourire, toujours en train de leur parler, jamais de leur parler. Je m’assure qu’ils comprennent le « pourquoi » parce que comprendre construit la confiance, et la confiance développe l’amour du jeu.
Et peut-être que c’est le genre d’entraîneur que j’ai toujours été censé être, pas celui derrière le banc, mais celui qui se cache discrètement derrière la vitre, aidant de petites façons, rappelant aux enfants que le hockey reste un jeu, et qu’ils s’améliorent chaque jour.
Une partie de moi veut retourner dans le coaching, pas pour aboyer des instructions ou changer de ligne, mais pour rester tranquille derrière le banc et leur montrer tout ce qu’ils ont bien fait. Pour les aider à voir le positif avant la correction. Pour chuchoter, pas crier. Parce que parfois, le meilleur coaching ne consiste pas à être écouté. C’est une question d’être compris.
Auteur : Geremy Miller